Le chômage partiel: un dilemme pour le gouvernement

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Le chômage partiel: un dilemme pour le gouvernement

Le chômage partiel: un dilemme pour le gouvernement

Le gouvernement en est convaincu: le programme de chômage partiel sans précédent mis en place lors de la crise des coronavirus a permis d’éviter une explosion du chômage. « Nous avons protégé les Français lorsqu’un vent fort soufflait (…) pour éviter les vagues de licenciements », a indiqué fin avril la ministre du Travail Muriel Pénicaud sur France Inter.
Début mai, le programme couvrait 11,7 millions d’employés. Cela représente plus d’un employé sur deux dans le secteur privé. Mais beaucoup de choses peuvent changer le mois prochain.

  • « Autres dépenses » pour les entreprises

À l’heure actuelle, l’État indemnise en fait 100% des montants payés par les entreprises pour le chômage partiel, jusqu’à une limite de 4,5 fois le salaire minimum par employé (environ 6 900 euros bruts par mois). Un effort important pour les finances publiques, puisque le coût estimé de la mesure est de 25 milliards d’euros. C’est dans ce sens que Muriel Pénicaud a expliqué lundi que l’Etat serait moins généreux avec les entreprises qui fuiraient du chômage partiel.

A partir du 1er juin, « tous les secteurs qui ne peuvent agir par décision administrative », comme l’hôtellerie et la gastronomie, l’événementiel et la culture, continueront de bénéficier d’un chômage partiel entièrement pris en charge par l’Etat. Pour les autres, un effort financier supplémentaire sera nécessaire. Le ministre du Travail devra supporter la « petite portion » des coûts de chômage partiel, en s’assurant que des discussions sont en cours pour définir ce « reste à charge ».

  • « Encourager » le retour au travail?

Les tarifs ne sont pas élevés. En rendant le chômage partiel moins attractif, le gouvernement essaie d’éviter les passagers en chute libre. Certaines entreprises pourraient en effet profiter des conditions généreuses offertes par l’État pour économiser une partie de leur salaire … tout en demandant aux employés de travailler à temps plein. « Des effets inattendus peuvent s’être produits », explique Bruno Ducoudré, économiste à l’OFCE. Cependant, en raison du choc économique, cet effet est plutôt limité. »

Le gouvernement veut également prévoir la reprise économique. Ceci est en ligne avec la tribune signée par Pierre Cahuc et Stéphane Carcillo dans le Monde. Deux professeurs d’économie affirment que « un chômage partiel excessivement généreux peut ralentir considérablement le retour au travail (…) Cela aggraverait la baisse du produit intérieur brut (PIB) avec la disparition de nombreuses très petites entreprises (TPE) et PME, malgré d’autres aides d’État. Le chômage augmenterait alors fortement et durablement, avec des conséquences dramatiques sur la santé et la mortalité.  » En d’autres termes, les deux auteurs pensent que le chômage partiel, si il n’est pas réformé, aboutirait exactement à l’opposé de ce pourquoi il a été créé.

  • « Personne n’est au chômage partiel par plaisir »

L’argument est contesté. « Lorsqu’elle a des commandes, l’entreprise n’est pas intéressée à garderle chômage partiel », note Bruno Ducoudré. Au contraire, elle doit partir rapidement, remplir les caisses après une période d’indisponibilité, et a donc besoin de ses employés à 100%. Penser que le chômage partiel est un piège à l’inaction est un peu faux.  »

« Mercredi matin, Olivier Faure premier secrétaire du PS a expliqué que personne ne travaille pour le plaisir à temps partiel ». Faisons attention à ne pas créer de situations incertaines qui mettraient en danger de nombreuses familles en France.  » Même les employeurs sont prudents. Geoffroy Roux de Bézieux, président du Medef, a déclaré fin avril que « cette trajectoire [limitant le chômage partiel] est très préoccupante car on ne peut pas se tromper, il n’y aura pas 100% de CA le 2 juin. Il n’y a pas demande ou insuffisante, les Français, suffisamment motivés, s’inquiètent pour leur travail, donc ils ne consommeront pas ou ne consommeront pas assez.  » Une faible consommation signifie qu’il est difficile à vendre. Ainsi, une entreprise moins rentable dont les coûts seraient encore augmentés par le retrait progressif de l’État du système de chômage partiel.

  • Un bon équilibre à trouver

« Le gouvernement a introduit un chômage partiel de masse pour atténuer la situation sanitaire liée au confinement », rappelle François Hommeril, président de CFE-CGC. Maintenant que ce risque a été remplacé par un besoin économique urgent, il estime qu’il peut « durcir » les conditions d’accès à ce système et que les entreprises ont peu de responsabilités en fixant des conditions de reprise d’activité. Cette position est logique et cohérente. Cependant, des fonds seront encore nécessaires pour soutenir les entreprises dans des situations économiques difficiles.  »

À cet égard, l’exécutif doit trouver le bon équilibre entre une bonne attente d’une reprise économique qui justifierait un allègement du chômage partiel et la protection de l’emploi et des revenus des salariés.

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